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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 09:45


église de Braize (03)

Les passionnés se perdent en superlatifs lorsqu’il s’agit d’évoquer les quelques 10.000 hectares d’une des plus belles forêts de France, et l’historien peine à rester insensible au charme de ses ravins désolés et de ses étangs d’eau calme. Cet espace forestier, qui semble immuable, a pourtant une histoire dont l’observation du paysage, l’archéologie et la recherche documentaire livrent quelques clés.
De nombreux chercheurs se sont penchés sur la question. A chaque fois, une certitude: Tronçais est une forêt qui prend racine à la période médiévale, même s’il est impossible pour l’instant d’ébaucher la chronologie de sa genèse. Une certitude: la zone était peuplée dans l’Antiquité, et la liste des parcelles dans lesquelles on constate la présence de vestiges gallo-romain est importante. Villae, modestes forges ou espaces cultuels, dont Viljo fournit le plus bel exemple, fleurissent dans son périmètre. Dans l’Antiquité tardive, sur les bords de la Marmande, on soupçonne, sans preuves concrètes, une abbaye colombaniste d’être fondée près d’une grande villa.
La suite est obscure. Comme pour le reste de la région, le vide documentaire est abyssal et les liens qui unissent la famille de Bourbon à l’Ordre de Cluny oriente l’essentiel de l’activité diplomatique autour du prieuré de Souvigny, qui laisse peu d’archives. Cette influence clunisienne très marquée sur la terre de Bourbon éloigne de la zone étudiée les autres ordres monastiques, dont les cisterciens, accentuant le mutisme documentaire. Dans cette situation, l’historien ne peut progresser que par hypothèses fondées sur l’observation du terrain et des rares textes exploitables.
Ainsi peut-on au moins avoir la certitude que la forêt de Tronçais existe au début du XIIIe siècle. Un accord de 1216 entre le chevalier Pierre des Barres et son seigneur Archambaud de Bourbon cite deux fois la forêt: nemoris de Truncia et nemus quod vocatum Trossa. Le massif, quelque soit son étendue exacte à l’époque, est déjà clairement identifié dans les possessions bourbonnaises. Le même acte ne mentionne que des lieux périphériques, qu’on ne peut situer dans la géographie forestière de l’époque, mais qui on tous comme point commun de ne pas aujourd’hui appartenir à l’espace forestier, à savoir la ville et châtellenie de Cérilly, Coust, Ainay (le-Château) et Meaulnes.
L’observation des monuments et vestiges médiévaux confirme l’existence d’un désert forestier: toutes les églises médiévales et fortifications du premier âge féodal -comme le tureau de Chatelus- du secteur sont bâties en périphérie de Tronçais. On ne signale aucun aménagement ancien tels que des digues d’étang dans l’étendue du massif ce qui exclue, comme c’est le cas en forêt de Meillant, des périodes de défrichements et de reconquête forestière de l’espace considéré. Seul le minuscule prieuré Saint-Mayeul, de tradition clunisienne, semble avoir maintenu une clairière permanente.
On peut donc proposer une brève ébauche de l’histoire de la forêt de Tronçais. La forêt primaire est défrichée à l’époque gallo-romaine et à sa place se fixe comme ailleurs une population faiblement urbanisée. Les différents reculs démographiques enregistrés à partir du haut Moyen-âge conduisent à une désertification de cet espace, aux sols ingrats, au profit des vallées voisines plus passagères et plus favorables à l’agriculture. Les anciens chemins antiques sont certainement utilisés et entretenus. Les seigneurs de Bourbon respectent l’intégrité de la forêt, peut-être pour se garantir une ressource en bois d’œuvre et de chauffage, et alimentaire grâce à la chasse et à la pâture, aux portes de leur grande ville-forte d’Ainay-le-Château, point essentiel de la défense du nord-est de leurs domaines. Cette protection seigneuriale met Tronçais à l’abri des grands défrichements qui éclaircissent le paysage européen à partir du XIIIe siècle. La suite appartient à la sagacité de mes collègues modernistes et aux spécialistes d’histoire forestière.

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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Philippe 21/05/2009 18:03

Pas certain que la forêt de Tronçais soit en Berri ? Mais..

Olivier Trotignon 25/05/2009 15:43



En Berry à l'époque considérée, sans aucun doute, le Bourbonnais n'existant pas encore mais depuis, c'est bien dans cet espace que l'on placera le massif de Tronçais.



Sirius 13/05/2009 12:53

Essai de reconstitution bref, mais bien étayé et documenté, sans concessions inutiles à l'ésotérisme (ce que je déteste...). Il faudra que je retourne voir cette forêt!La charpente de la Tour de Vesvre (que je fais visiter) a été restaurée avec des bois venus de Tronçais. Les visiteurs me demandent parfois d'où étaient les bois coupés en 1482 lors d'une réfection antérieure, sachant qu'un des entraits faisait 50 x 50 cm sur une longueur de plus de 12 mètres.Tronçais a aujourd'hui réputation de fournir des fûts d'une longueur exceptionnelle. En était-il de même en cette fin du XVème siècle?

Olivier Trotignon 14/05/2009 05:58


Je l'ignore complètement. Si Colbert a choisi cette forêt pour en tirer du bois de marine, c'est bien que sa réputation devait être faite de ce coté là mais de là à affirmer la même chose dès la
Renaissance, il y a un pas sur une planche savonneuse que je n'oserais engager! Il est probable que la seigneurie de Vèvre disposait de ressources plus locales afin d'assurer l'autonomie de ses
approvisionnements en bois d'œuvre, et que quelques belles perches avaient été repérées et réservées longtemps avant leur abattage en vue des travaux sur la charpente du donjon.
Parfois, l'analyse des débris minéraux piégés dans les fibres du bois signent le terroir d'origine (ceci peut se faire à l'occasion d'une étude de dendrochronologie  sur les pièces de bois
d'origine).


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