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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 10:38



motte de Venas (03)

Constatant d’assez nombreuses recherches spécifiques aux terrassements défensifs médiévaux sur ce blog, il m’a semblé pertinent de réunir quelques observations faites lors de sorties sur le terrain.

Tout d’abord, il faut inviter le lecteur à une certaine prudence dans son approche de certaines informations publiées par des érudits, toujours de bonne foi, qui pourraient citer des buttes naturelles comme des aménagements médiévaux. Une simple visite du site ne permet pas toujours de faire la part des choses et seules les approches historique ou archéologique peuvent déterminer l’origine exacte de certains reliefs. Inversement, il m’a longtemps paru évident d’une élévation sableuse sur la moyenne terrasse du Cher était une butte-témoin épargnée par l’érosion jusqu’à ce qu’un confrère, lors d’une conférence, démontre autour l’existence d’un parcellaire organisé. 

Pour brièvement résumer la situation, nous nous trouvons en présence d’un phénomène polymorphe et étalé sur plusieurs millénaires. Sont parfois confondus avec des ouvrages médiévaux, surtout dans les publications anciennes, des murs de terre néolithiques ou de belles garennes à lapins, particulièrement trompeuses. J’y reconnaîtrait plusieurs modèles à partir d’exemples pris dans ma zone de recherches:

- les châtelets, terrassements de dimensions et de formes très variables. Certains sont de simples murs de terre obstruant le passage jusqu’à une petite plate-forme juchée sur un éperon rocheux, d’autres assurent la même fonction sur des superficies de plusieurs hectares (le camp dit romain de Sidiailles en est la plus belle illustration), d’autres enfin, souvent confondus avec des camps romains tant leur forme carrée est régulière. Le châtelet de la forêt d’Arpheuilles ou le Tureau de Chatelus en forêt de Tronçais sont deux excellents exemples. On suppose que ces camps fortifiés ont été occupés jusqu’à une date assez récente pour que la toponymie porte de façon assez égale la trace de leur existence (Châtelus, Châtelux, Châtelet, Châtelais - à voir pour Chateloy vers Hérisson, site d’une grosse fortification gauloise). Nous ne savons pas quel type de population a pu trouver refuge dans ces lieux souvent isolés, communautés de paysans libres ou organisés par un pouvoir féodal mal identifié.


-Les mottes castrales, souvent imposantes et bien identifiées dans un contexte féodal. Elles matérialisent le pouvoir de grandes familles nobles en activité dès le XIe siècle. Elles s’insèrent dans un tissu urbain dont elles forment l’amorce avec leur chapelle castrale, souvent devenue église paroissiale et leur basse-cour fortifiée. Beaucoup ont disparu, comme à Ainay-le-Château ou à Vallon-en-Sully mais les cadastres ne laissent aucune ambiguïté sur leur présence aux temps médiévaux. Certaines servent encore d’assise à des donjons de pierre ayant succédé aux tours de bois primitives. Huriel, dans l’Allier ou Sainte-Sévère, dans l’Indre, en offrent de beaux exemples.


-Les maisons-fortes, de loin les plus nombreuses et régulièrement confondues avec des mottes, qu’on trouve assez facilement car souvent encore entourées de leurs fossés en eau, qui, d’après les archéologues, auraient été le lieu de vie de familles micro-féodales vivant dans des demeures assez rustiques. On trouve parfois des fermes en activité toute proches de ces retranchements dont les douves servent encore d’abreuvoir pour le bétail. Ces fortifications sont très simples: une plate-forme est isolée par des fossés en eau. La terre de déblais est rejetée en anneau à l’extérieur, fournissant une première ligne de défense palissadée.


-Les ouvrages inclassables, souvent appelés faute de mieux “mottes féodales” et pour lesquels la typologie est assez confuse. On relève au hasard des visites sur place:

-des petites mottes tronconiques, certaines isolées;

-des mottes d’assez grande surface, peu élevées, quelquefois sises dans des zones très humides, avec ou sans basse-cour;

-des enceintes construites sur le principe des maisons-fortes, mais semble-t-il beaucoup plus anciennes, complétées par des basses-cours de petites dimensions (un curieux exemple est visible dans un bois près de la Groutte, dans le Cher. Les formes des maisons sont encore apparentes de même qu’un puits en pierres sèches.);

-des ouvrages composites. Les prospections préalables au tracé de l’autoroute A71 ont permis de découvrir vers Saulzais-le-Potier (18) une motte isolée et évidée en son centre, comme une étape intermédiaire entre les enceintes et les mottes de plus grandes dimensions.

Tous les ouvrages défensifs médiévaux ne sont pas encore répertoriés. Il est de devoir de chaque historien ou amateur d’histoire ancienne de veiller à la conservation de ceux qui sont encore visibles en communiquant avec les propriétaires, les municipalités et éventuellement en appelant à l’aide, en cas de menace précise, les services archéologiques compétents.

 

motte près de Louroux-Bourbonnais (03) 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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commentaires

Paul 17/01/2009 09:17

bonjour,Je viens, entre autres de lire avec intérêt votre dernier article sur les Mottes. Il existe autour de Veaugues plusieurs Mottes (Vesvre, Chassignoux, Les Porteaux...) et Enceintes Castrales (le Chétif-Château, Gardefort), dont la nature et parfois l'histoire sont authentifiées. Une autre, particulièrement célèbre, demeure mystérieuse, même si son origine artificielle est établie: la Motte d'Humbligny.Outre mon site, vous pouvez aller voir celui de la Tour de Vesvre: latourdevesvre.comDe mon côté, je vais explorer le vôtre, dont le sujet est passionnant. Une petite remarque dite gentiment: la lecture en serait plus agréable si vous entrecoupiez les textes de plus d'images!Paul

Olivier Trotignon 22/03/2009 10:55


Paul,
merci pour votre intervention et vos suggestions. En mettant plus d'images, je crains de disperser l'attention des lecteurs, mais l'idée est à étudier. Je ne vous cacherai pas que ce blog était un
premier essai (réussi) et qu'un site plus complet, et organisé par un professionnel, pourrait voir le jour avant la fin 2009, sur la même thématique. Il faudra tôt ou tard que nos nous rassemblions
sur une plate-forme commune pour faire connaître l'ensemble de nos travaux.
Au plaisir de faire votre connaissance "en vrai",
O. Trotignon 


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